Les Poilus, Fabien RIFFAUD & Juan RODRIGUEZ

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Les Poilus, édité par Sweet November

La belle histoire. Un bon et beau petit jeu sur un thème fort pour la France : la première guerre mondiale. Un hommage post-hume en quelque sorte de Tignous et j’y ai joué sans savoir que le dessinateur était l’une des victimes de l’attentat de janvier. Le charme des dessins typiquement français renforce cette émotion de la Grande Guerre. On vit une bande de poilus, lycéens encore peu, surpris, fauchés par la Grande Guerre. Va falloir se serrer les coudes pour en revenir : ensemble. Pas un à la traîne. Un très bon coopératif qui plaira à ceux qui n’aiment pas le côté passif du coopératif : déjà parce qu’il y a une bonne pression dans le jeu, ensuite parce que les actions de chacun en tant qu’individu garde son importance.

 


Les Poilus Vus par Sempé

Au-delà du travail de Tignous, qui a envoyé ses dernières planches le 30 décembre 2014, c’est toute une veine, une sensibilité française qui s’exprime au travers de ce crayonné sensible, tremblotant, délicat apte à rendre avec un trait fragile la vibration de l’indécision juvénile. La gauche attitude française, un peu territoriale, souvent du terroir, mais toujours jeune, verte comme une pouce, brunie à l’ouest par les vents marins, chantante au sud, virevoltante à l’est et cagneuse au nord. Le véritable orgueil de la France c’est d’oublier combien elle est fragile, semblent mettre en exergue ces dessinateurs-là.

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Et l’œuvre Les Poilus, demeurant un simple jeu à 19,50€, ravive par cette ironie détournée le choc qu’eut été la Grande Guerre pour notre pays. On aime moins y présenter les visages héroïques qu’une lasse nostalgie bercée d’insouciance. Retournez la notice de jeu et vous y trouverez les poilus rasés sur leur banc de photo de classe. Un petit texte manuscrit plante le décor, c’est août 1914 et la mobilisation générale apprise sur la place du village ; les jambages et les boucles de la plume nous rappellent que c’est l’ère de Proust, le savant linguiste de l’âme.


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En haut cartes coup durs ( phobie, traumatismes, traits de caractères) et carte mission ( ici, nuit et balle). En bas, carte mission ( pluie et sifflet, ordre d’attaquer) et les cartes personnages côté porte-bonheur ( élimine une carte d’un type de menace en jeu).

Se Serrer les Coudes comme en 14.

L’astuce du jeu la voilà : il faut vider un paquet de 25 cartes, sachant que chaque tour trois (au minimum) s’y rajouteront. C’est une course contre la montre entre, le nombre de cartes à jouer, le débit de pioche que le chef de troupe gère, sachant que plus on en garde en main à la fin autant s’en rajouteront au paquet à vider ( d’un autre paquet celui du moral). Le groupe de joueurs essaye de poser le plus de cartes possible : il ne faut pas réunir trois fois le même symbole menace. Si cela arrive, c’est l’échec de la mission en cours, toutes les cartes jouées retournent dans le paquet d’événement au lieu d’être défaussés. Ce timing est très bien rôdé.

L’autre aspect réside dans le soutien entre coéquipier. Lorsque l’on se retire, on choisit aussi à qui donner son soutien : celui qui en tirera le plus pourra enlever deux cartes coup dur ( à quatre par perso on perd la partie) ou regagner son trèfle, son coup de chance, propre à son Gaston, Gustave, Jean ou Jean-Pierre.

Défaite ou victoire se joue entre lequel des deux paquets se vident le premier : si celui du moral des troupes est terminé apparaît la carte monument aux morts avec le nom de nos héros communs. Si c’est le paquet des missions qui est vide, une belle colombe de la paix et son brin de laurier d’un coup d’aile nous annonce la victoire, le retour au bercail, ensemble.


Verdict :

b2d981c27672dc607d5a6277a345958fbb812fa9Petit coup de cœur pour ce coopératif très vivant où l’on se serre les coudes, discute, rigole, planifie. Un tout harmonieux qui parvient à donner du tonus positif, du peps à un coopératif, chaque joueur se retrouve impliqué à un degré divers et ce qui est rare, ou dur à obtenir lors d’un coopératif, tout le monde verra qu’il est difficile d’appartenir à un groupe, de ne pas être le boulet, en fait elle est bien différente l’optimisation lorsqu’il faut tous s’en sortir et que oui, ben oui, fatalement, c’est triste, tardif mais vaut mieux tard que jamais : savoir optimiser parfaitement un jeu, comme l’apprend insidieusement beaucoup de jeu, vous rend en vérité le boulet de tous les autres. Et souvent la saveur de la victoire restera au vieillard son grand regret. Ce trait insouciant sur les visages vibrants de nos Poilus disparus c’est que de cette insurmontable épreuve ils n’ont pas eu à devoir triompher.

Aux 1001 Jeux – BenJi.
À la mémoire des victimes du 7 janvier 2015.


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2 réflexions sur “Les Poilus, Fabien RIFFAUD & Juan RODRIGUEZ

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