Sylvion, Shadi TORBEY ( Jeu du Mois Mai 2015)

Créateur de jeu francophone, Shadi Torbey donne au jeu solitaire toute sa dimension. Chanteur d’opéra oblige, Shadi Torbey fait dans le culturel. Associé à une artiste-peintre Elise Plessis, riche en idées créatives et ludiques aux forts concepts imaginaires : Shadi Torbey envoie sa gamme et quelle gamme ! Trilogie : Onirim, Sylvion, Castellion. Tétralogie lorsque Équilibrion sera réédité. Le site vidéorègle.net lui avait décerné une étoile ludique pour Onirim. Place à la nouveauté.


La Gamme Shadi chez Filosofia

Shadi Torbey décrit les expériences ludiques qu’il propose de puzzle évolutif ce qui en donne une bonne idée. Vous voilà seul avec votre paquet de cartes lancé dans une grande aventure épique et onirique. Une belle boîte carrée qui se décompose à l’ouverture en pans de dessins proche d’un pop-up, une figurine lourde et coloré dans un écrin de velours, symbole du jeu de la gamme ( le cauchemar en chat mauve pour Onirim, la flamme rouge pour Sylvion et on peut imaginer la Menace en noir pour Castellion – sortie cours 2015 ). Les cartes belles et lisses au dos ravissant, la règle, un petit ouvrage coloré aussi soigné qu’un livre pour enfant. On a affaire à de l’artistique. Shadi se place parmi les auteurs de jeu de société. À chaque expérience : un jeu solo ( dépliable en coopératif), des modulations au travers de mini-extensions intégrées (des profondeurs évoquent l’éditeur), à chaque fois un grand danger, une entité qui menace la beauté d’ensemble ( le chat violet du Cauchemar, les flammes ardentes du Ravage, la créature noire et protéiforme de la Menace). Tout ça c’est l’Onivers : Onirim fera de vous un arpenteur de rêve à la recherche de portes ; Castellion un architecte-bâtisseur de château fort ( jeu de tuiles cette fois) afin de contrer des espèces de colosses ; et entre les deux, un Gardien de la Forêt contre une armée d’élémentaux de feu levée par le Ravage dans ce second opus qu’est…


…Sylvion.

sylvion cartes
Panaché de cartes fraîches : colombes, éléphant, le roi des cerfs et les fontaines.

Protéger cette forêt, au cœur assailli par les flammes, à l’aide de l’action sporadique des animaux la peuplant, des constantes barrières-fontaines – ces naturelles défenses – et d’arbres qui la feront refleurir après le passage du Ravage :

1. Organiser sa défense passera au travers d’un deck-building : cette phase astucieuse de mobilisation permettra de faire un tri mi-voulu mi-forcé dans les cartes.

2.12 cartes désolation / floraison encadre le terrain de jeu : ce sont les points de vie et l’ère de jeu : un ravage qui parvient au bout de sa course en retourne. Car quatre paquets de cartes rouges ( 12 à 20 cartes chacun) placés à l’autre extrémité constituent l’attaque : on révèle une carte de chaque par tour donc quatre, les flammes aux force diverses déferlent vers la forêt, c’est l’assaut, le siège. Des cartes spéciales corsent la donne : des embrasements et des simoun ( mauvais vent en arabe, sec et brûlant). C’est haletant lorsque d’un coup les flammes s’enflamment ou que les vents les déportent à vos portes dorées. Plus corsé en jeu avancé, des démobilisations et des dessèchements vous ôteront définitivement des cartes du paquet ou feront défausser ( prime de la larmichette pour la carte de l’écureuil dans le plâtre).

3. Les renforts se piochent et le défenseur gardien de la forêt joue : le coût des cartes se règle en en défaussant d’autres. Quel que soit le mode de jeu joué ( initiation, avancé, extensions, ravage) à la fin survivre ne suffit pas pour remporter la victoire, il aura fallu prévoir, dans un laps de jeu assez restreint, la refloraison fragile pour un final chatoyant.


Variations : Hauts faits et Trahisons, élementaires et Ravage

On en redemanderait : intégrer des extensions, des modules, des variations est donc le bienvenue. La forêt s’anime, son conte s’enrichit toujours plus, les dessins trouvent un écho sensible dans les profondeurs du jeu ( prime de l’atmosphère dramatique pour les cartes trahison), le jeu lui y gagne son regard particulier et sa teinte indescriptible. Finement ciselés on serait presque parfois dans le minimalisme et l’explosion de couleurs contraste formidablement avec les teintes pastels et violacés d’Onirim. On protège un groupe, un écosystème, on gère ces défenses, on rallie les animaux et si l’on file la métaphore ludique de ces jeux de l’Onivers du rêve, on éteint le feu de la colère qui ravage la beauté intérieure, le feu de la désunion, le feu même de la vie qui nous oblige à mobiliser nos forces vitales pour que ne périsse point l’ensemble sous son impétuosité.

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Un matériel diversifié et de goût simple.

Autant vous dire qu’il faut débuter Sylvion par l’initiation « Assaut » . On apprend déjà à gérer chaque élément : les fontaines barrières, la déferlante d’élémentaux avec leur possible embrassement et le renouveau végétal final subtil à placer – garanti d’un suspens jusqu’en bout de partie. Le jeu offre de la liberté et plein de stratégie viennent en tête, des combinaisons, des manières différentes d’interpréter les cartes. Et chaque nouveau défi (variations je dirais pour allier profondeur, musique et extension) apporte un nouvelle pièce du puzzle, une nouvelle donne à intégrer à l’ensemble du début, et lorsque l’on trouve une nouvelle façon d’aborder le jeu c’est une grande satisfaction. La victoire dans ce jeu est rare mais extrêmement savoureuse.


Verdict :

sylvion shady torbey aux 1001 jeux
Onivers Opus 2 : Sylvion

L’imperfection mise en boîte de jeu. Castellion rappelle le Désert des tartares de Dino Buzzati sur papier, de Shadow of Collosus de Fumeto Ueda sur console. Le Château de Kafka lui est plus près d’Onirim, monochrome, labyrinthique, platoniquement cauchemardesque, recherche de l’issue dans un dédale de brouillard…Que serait Sylvion ? Certainement pas un tower defense, un petit prince par un certain côté, un conte pour enfant qui aimerait la nature, un zest d’anime japonaise métissé à un crayonné de bd française : un auteur dont les comparaisons me viennent d’écrivains, de concepteurs de jeux vidéos ou d’animateurs en est lui aussi un de créateur. Bravo pour le prix.

Aux 1001 Jeux –

(Prime de l’humour pour la flamme qui signe le traité de paix)


BenJi.


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